Am Fred B.

1 décembre 2021

Champagne !

"Théorie, n.f. : ensemble d'idées, de concepts abstraits, plus ou moins organisés, appliqué à un domaine particulier". Retour de notre dandy humaniste préféré, avec des séries de choses vues, senties, pensées, collections de faits minuscules et gigantesques, historiques ou politiques, publics ou intimes. Le moraliste 2.0 dresse la liste de nos envies, épingle nos travers les plus gracieux, nos vertus les moins avouables. C'est drôle, intelligent, pétillant, élégant. Beauté du geste et délicatesse du style - jusqu'à l'impertinence.

8 novembre 2021

Soyons fiers de nos hontes !

Après "Désobéir", le philosophe explore et réhabilite ce sentiment de honte, si difficile à reconnaître et à exprimer qu'il est bien souvent étouffé par le déni, le silence ou le masque de la haine. A la fois intime et social, ce sentiment se révèle justement dans ce va-et-vient entre l'éthique et le politique. Car, autant l'humiliation infligée par le mépris social ou les hontes intersectionnelles peut figer le sujet dans une souffrance subie, autant la honte est une fracture qui ouvre la conscience de soi à son humanité, au dépassement et à la transformation par l'action citoyenne, la création artistique ou l'invention utopique. Oui, la honte peut être une grâce !

20,00
6 novembre 2021

"On ne sait jamais au détour de quel sentier l'enfance, soudain, vous sautera au visage."

A la recherche des secrets de l'artiste et de sa puissance vitale, l'auteure suit les traces de ses éclats : du viol paternel à 11 ans aux éblouissantes Nanas, des tirs d'Amazone au Jardin des Tarots, elle étudie son art de la métamorphose et sa magie réparatrice. Une icône de la révolte féministe et une figure singulière de créatrice, jusqu'à l'utopie ultime du Jardin de Toscane, un espace où vivre, rêver et respirer ensemble.

6 novembre 2021

Tendu comme un arc

43 ans après sa publication, et même si le monde de l'usine a bien changé, ce livre tendu comme un arc garde une force incroyable. Dès les premières pages, avec l'acuité ethnologique du regard de Robert Linhart, des images s'imposent : celle du film de Chaplin, "Les temps modernes", où l'ouvrier sur la chaîne court désespérément après le temps. Rien ne peut fonctionner dans ce monde où règne le mépris de classe, où les corps sont faits pour être exploités, où le temps n'est qu'argent. Monde étouffant.
Alors la camaraderie, l'action collective, l'humanité pour tout dire, sont l'air pur qui manque sacrément. Avec ces ouvriers spécialisés, ces manœuvres mus par un sens aigu de la dignité, on serre des paluches, on prépare fiévreusement la grève, on compte les pertes et les (petites) victoires. Ce sont les premières vagues de mai 68 qui viennent s'échouer ici : mais vague après vague, les digues s'effriteront peut-être?
Tout cela, cette corde tendue de septembre 68 à juillet 69 et qui résonne encore, c'est l'écriture honnête, juste, précise, empathique ... de Robert Linhart qui le suscite.
Frédéric

17,00
25 octobre 2021

On goûtera d'abord l'apparente simplicité de cette poésie. Poésie du jardin - ou même du jardinage, poésie des saisons et des élans de l'âme. On est comme envoûté par cette voix mezza voce, on se reconnait en elle : le pincement du soir qui tombe, l'élan du printemps, les fruits qui mûrissent sont des expériences universelles. Mais ici, les êtres humains, les plantes et les dieux parlent à égalité. Ils lancent des interrogations, des appels, des confessions. Ils évoquent leur frêle condition. Est-ce un dialogue? En tout cas ce recueil est un espace pour leur parole. C'est souvent touchant, parfois bouleversant, toujours profond. On sort dans le jardin, et on ne regarde plus du même oeil ces tiges frêles, elles ont leur voix.
Louise Glück a obtenu le Prix Nobel de littérature 2020.

Frédéric.