Le Prix Folio Telerama des libraires - edition 2021 - La selection

Le Prix Folio Telerama des libraires - edition 2021 - La selection

Berta Isla

Javier Marías

Gallimard

9,70

Ils étaient si jeunes, quand ils se sont rencontrés, qu'ils ne pouvaient imaginer leur destin. La Madrilène Berta Isla et l'Hispano-Britannique Tomás Nevinson pensaient que leur histoire serait celle de beaucoup de couples de leur époque et de leur condition. Mais il suffit parfois d'une journée - d'une journée quelconque - pour voir sa vie basculer et se retrouver ensuite dans une relation distante, condamnée au secret et à la dissimulation, au faux-semblant et aux conjectures. Ainsi qu'il l'avait fait dans Comme les amours (2013), Javier Marías donne ici la parole à un personnage féminin qui vit de ses souvenirs, aux prises avec l'impossibilité de connaître vraiment celui qu'elle aime. Quant à Tomás Nevinson, son récit est celui d'un Ulysse qui, progressivement, devient "personne" et dont l'existence, au service de l'Histoire, avec une majuscule, se transforme en une interminable fantasmagorie. Avec Berta Isla, ample roman en dix parties au titre aussi mélodieux qu'intrigant, Javier Marías creuse brillamment son sillon et offre au lecteur non seulement un formidable portrait de femme, mais également une nouvelle peinture du couple comme l'un des laboratoires les plus secrets de la vie contemporaine.


Elmet

Gallimard

8,10

John Smythe est venu s'installer avec ses enfants, Cathy et Daniel, dans la région d'origine de leur mère, le Yorkshire rural. Ils y mènent une vie ascétique mais profondément ancrée dans la matérialité poétique de la nature, dans une petite maison construite de leurs mains entre la lisière de la forêt et les rails du train Londres-Édimbourg. Dans les paysages tour à tour désolés et enchanteurs du Yorkshire, terre gothique par excellence des soeurs Brontë et des poèmes de Ted Hughes, ils vivent en marge des lois en chassant pour se nourrir et en recevant les leçons d'une voisine pour toute éducation. Menacé d'expulsion par Mr Price, un gros propriétaire terrien de la région qui essaye de le faire chanter pour qu'il passe à son service, John organise une résistance populaire. Il fédère peu à peu autour de lui les travailleurs journaliers et peu qualifiés qui sont au service de Price et de ses pairs. L'assassinat du fils de Mr Price déclenche alors un crescendo de violence ; les soupçons se portent immédiatement sur John qui en subit les conséquences sous les yeux de ses propres enfants... Ce conte sinistre et délicat culmine en une scène finale d'une intense brutalité qui contraste avec la beauté et le lyrisme discret de la prose de l'ensemble du roman.


Un dimanche à Ville-d'Avray
6,30

"En réalité, sur certains points, Claire Marie me fait penser à ces canards qui ont l'air de glisser sur l'eau mais leurs pattes remuent sous la surface à toute allure. Il y a quelque chose en eux d'un trompe-l'oeil."Un dimanche d'automne, deux soeurs se retrouvent à Villed'Avray. Sous le secret d'une vie sage, chacune porte en elle le besoin insatiable de romanesque, découvert enfant à la lecture de Jane Eyre. Encouragée par l'atmosphère trouble et immobile de la fin d'après-midi, Claire Marie se laisse aller aux confidences. Des années plus tôt, elle a vécu une histoire brève et tumultueuse avec un inconnu. Sa soeur découvre alors, stupéfaite, les errances entre les bois et les gares de banlieue, les rendez-vous cachés et les dangers frôlés...


Les jours
10,30

On verra, dans ce livre extraordinaire, Lénine faire du vélo au parc Montsouris et la reine Victoria décorer l'aïeul pour sa bravoure en Crimée. On rencontrera bien d'autres personnages encore, fameux comme anonymes. L'action commence vers 1830 dans un obscur village de la Creuse, avec René Devoise et Annette Vacher, elle s'achève un siècle et demi plus tard à Madagascar puis à Paris avec Lucien, sur les rives de l'an 2000. Entre les deux, l'Histoire, les guerres, les mariages, les enterrements, le grand fleuve tempétueux des générations. Sylvain Ouillon a voulu embrasser cette folle continuité en croisant l'intimité des histoires familiales avec la fresque sociétale et le théâtre politique : l'éducation, la vie professionnelle, les voyages, les rencontres, à la manière d'un vaste roman d'apprentissage. Un oeil sur
les éphémérides, Sylvain Ouillon fait parler la grande mémoire en véritable chef d'orchestre, n'hésitant pas à bifurquer selon les surprises, les citations, composant à mesure, gourmand, insatiable, une saga exceptionnelle de vies ordinaires. Les jours fait résonner la longue chaîne des vivants et des morts, en un tableau grandiose et enlevé de la destinée humaine.


Pense aux pierres sous tes pas
7,50

« La main de Paps est descendue du ciel, elle a fondu sur nous et tout s’est arrêté. S’est déchiré. Les soubresauts. La musique qui rend sourd. Et cette joie tout au fond de nous. » Au coeur d’un pays inconnu, deux jumeaux grandissent dans une ferme isolée. Léonora s’occupe de la maison avec la mère, tandis que Marcio travaille aux champs avec le père. Ils ont douze ans à peine et opposent à la dureté de leur existence leur complicité totale, leurs jeux interdits. Un soir, tandis que leurs corps se rapprochent dans le secret du fenil, ils sont surpris par leur père. Les jumeaux sont séparés et Léonora est envoyée chez son oncle. Jamais pourtant ils n’abandonneront leur quête obstinée de liberté ni l’amour qui les unit l’un à l’autre. Hymne à la désobéissance, Pense aux pierres sous tes pas est aussi un cri d’espoir bouleversant.