Chasseurs de neige

Paul Yoon

Albin Michel

  • 3 juin 2021

    Après une guerre fratricide, trois années dans un camp de prisonniers et un mois en mer, Yohan débarque au Brésil pour commencer une nouvelle vie, par une journée d’hiver pluvieuse. Une gamine lui offre un parapluie bleu. Il a vingt-six ans, un costume trop grand et une recommandation des Nations-Unis pour un emploi chez un tailleur japonais. Il était fermier mais, au camp, les Américains lui ont appris à coudre et il devient très vite un assistant inestimable pour le vieux Kiyoshi. Une complicité se noue entre le Japonais taiseux et le jeune nord-coréen exilé. Rien de démonstratif, des regards échangés, des silences amicaux. Yohan doit se familiariser avec un nouveau décor, un climat différent et une langue chaude et mouillée qu’il fait tourner sur sa langue avant de balbutier ses premiers mots. Laissant derrière lui les horreurs de la guerre, il se reconstruit paisiblement, grâce à la famille qu’il s’est choisie : Kiyoshi bien sûr, mais aussi Peixe, le gardien de l’église et surtout deux enfants, orphelins itinérants et insaisissables, Santi et Bia. La même Bia qui lui avait offert ce parapluie bleu qu’il a conservé tout au long des années…

    D’une beauté triste, Chasseurs de neige est le roman de l’exil, du silence, des choses simples de la vie. Beaucoup de retenue, de pudeur - la guerre est à peine évoquée, les blessures sont effleurées - mais on sent tout le poids des combats inutiles, des pertes, des deuils, de la dureté du camp. Yohan est un résilient, il se reconstruit sans oublier son passé mais en avançant sereinement, dans la paix retrouvée. Son regard s’attache à décrypter sa nouvelle terre, les couleurs, les sons, les chants, les odeurs, la langue. Il mène désormais une vie modeste, s’applique à coudre des vêtements, à aider son bienfaiteur, à se créer une famille de cœur, loin de la Corée dont il ne sait plus rien, loin du froid et de la neige.
    Un roman épuré et élégant où chaque mot sonne juste. Paul Yoon possède une écriture simple, presque minimaliste, avare de dialogues mais il retranscrit si bien les émotions, la tendresse, les liens qui se font et se défont, le passage du temps, la simplicité d’une existence. Délicat et émouvant.